Viens, on se tire !

Comme point de départ, la fuite.

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Fuir la vitesse, le bruit des villes, le tsunami des paperasses, l’anonymat des bureaux froids et la couleur pâle des néons. Deux paumées s’enfuient à la recherche d’autres paumés comme elles. Elles embarquent toute leur vie sur un vieux vélo, fidèle destrier usé par la route. C’est les pieds en panade et le cœur cabossé qu’elles accostent ici, chez vous, avec de la poussière d’espoir plein les poches.

Oyez, oyez, messieurs-dames les Paumés, ici,

on recrée la vie !

Des caisses du vélo sort alors tout un monde de bout de ficelles et d’objets en tous genres.

À l’intérieur, une vie. La vie d’une marionnette. Ça s’assied à son bureau, ça écrit des courriels, ça classe des dossiers, ça prend le métro, ça traverse le parc du bas de l’immeuble, ça rentre chez soi, ça se fait ses tartines, ça regarde la télé, ça met son pyjama et ça s’endort sous des couvertures chaudes. Une vie sans nom et sans visage.

Et puis….et puis un jour, un mot suspendu aux lèvres du vent. Une chanson jamais entendue, un refrain dans les branches. Un jour, métamorphose. On prend les lunettes du cœur et on ouvre les yeux : le bureau se fait voilier, les archives prennent l’eau, le parc se change en forêt vierge, le métro en salle de bain, l’immeuble en château fort, ses tartines en festin, la télé en fenêtre, le pyjama en costume de plume et le lit en sous-marin.

Marionnettes et objets se donnent la réplique dans un univers magique où la grisaille de la ville s’évapore sous les doigts en pinceau de la comédienne. Et une fois le rideau tiré, qu’emporter dans son baluchon pour être à son tour lumière dans la ville, sourire à la boutonnière, craie de couleur sur le pavé gris ?

Un spectacle pour l’enfant qui sommeille dans chaque bloc de glaise, pour l’enfant qui y résiste encore.

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